Bourvil
Bourvil, c'est la gentillesse faite comique : avec sa frange, son accent normand traînant et son air de brave garçon un peu perdu, il a fait rire la France entière pendant vingt-cinq ans, sur scène, en chansons et au cinéma.
Les débuts
De son vrai nom André Raimbourg, il naît en 1917 à Prétot-Vicquemare, en Normandie, dans une famille d'agriculteurs, et grandit à Bourville, le village qui lui inspirera son nom de scène. Admirateur de Fernandel, il joue du cornet dans une fanfare militaire et remporte en 1938 un radio-crochet sous le pseudonyme d'Andrel. Après la défaite de 1940, il vit de petits boulots à Paris tout en courant les cabarets. Il invente alors son personnage de paysan naïf, pantalon noir et veste trop étroite, et devient Bourvil en 1942.
Chansons et sketches
Le succès arrive à la Libération avec la chanson Les Crayons, en 1945. Suivront des titres restés populaires comme À bicyclette, Salade de fruits, Un clair de lune à Maubeuge ou La Tendresse. Il enregistre aussi des monologues, dont une causerie anti-alcoolique devenue légendaire pour son éloge embrouillé de l'eau ferrugineuse. Il triomphe également dans l'opérette, avec La Route fleurie ou Pacifico.
Cinéma
Au cinéma, il transpose d'abord son comique paysan dans des films comme Le Trou normand (1952). Puis Claude Autant-Lara lui confie en 1956 La Traversée de Paris, face à Jean Gabin : son interprétation lui vaut le prix du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Il passe dès lors avec aisance du rire au drame, de Thénardier dans Les Misérables (1958) au fidèle Passepoil du Bossu (1959). Avec Louis de Funès, il forme un duo inoubliable dans Le Corniaud (1965) et La Grande Vadrouille (1966), où son personnage de gentil finit toujours par déjouer les colères de son partenaire. Il tourne aussi avec Jean-Pierre Mocky, notamment Un drôle de paroissien (1963), et termine sa carrière avec un rôle grave dans Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville (1970). Au total, il a joué dans une soixantaine de films.
L'héritage
Atteint de la maladie de Kahler, un cancer de la moelle osseuse diagnostiqué en 1967, il continue de tourner en cachant la gravité de son état. Bourvil meurt le 23 septembre 1970 à Paris, à 53 ans, quelques semaines avant la sortie du Cercle rouge et du Mur de l'Atlantique. Avec Fernandel, Louis de Funès et Jean Gabin, il reste l'un des acteurs qui ont attiré le plus de spectateurs en France entre 1945 et 1970. Plus de quatre-vingts rues portent aujourd'hui son nom, et ses films repassent toujours à la télévision pour le plus grand bonheur des familles.