Raymond Devos
Raymond Devos est le grand jongleur de mots de l'humour français : avec ses bretelles, sa silhouette ronde et son air faussement candide, il transformait une phrase banale en vertige logique, et faisait rire toute une salle avec trois fois rien.
Les débuts
Né le 9 novembre 1922 à Mouscron, en Belgique, à quelques kilomètres de la frontière, il est pourtant de nationalité française, ce dont il s'amusera toute sa vie. Sa famille, ruinée, s'installe en région parisienne et il doit arrêter l'école à treize ans. Il se forme seul, apprend la langue et la musique, et touche à de nombreux instruments : clarinette, piano, harpe, trompette, scie musicale. Pendant la guerre, il est envoyé en Allemagne au titre du Service du travail obligatoire. Après la Libération, il étudie le mime chez Étienne Decroux, où il croise Marcel Marceau, et le théâtre auprès de Tania Balachova.
Sur scène
À la fin des années 1940, il se produit en trio puis en duo dans les cabarets parisiens. Une conversation surréaliste avec un serveur de Biarritz, à qui il demande à voir la mer « démontée », lui inspire le sketch La Mer. Il rode ses textes au Cheval d'Or, à L'Écluse et aux Trois Baudets, avant que Maurice Chevalier ne le prenne en première partie. En 1957, Le Plaisir des sens, avec son laitier perdu dans un rond-point aux sens interdits, le rend célèbre dans tout le pays. Accompagné de ses pianistes successifs, il remplit Bobino et l'Olympia. Sur scène, il mêle mime, musique, jonglage, monocycle et prestidigitation, au service d'un humour qui frôle la philosophie : il se demande par exemple ce que vaut « moins que rien ».
L'écrivain
Ses sketches, publiés en recueils, sont aujourd'hui étudiés à l'école pour leur virtuosité. Il a aussi écrit des romans, dont Les Quarantièmes délirants (2002), et s'est souvent réclamé d'Alphonse Allais, Raymond Queneau, Marcel Aymé ou Jacques Tati. Le ministère de la Culture a créé en 2003 un prix Raymond-Devos de la langue française, remis notamment à Fellag et à Pierre Palmade.
L'héritage
Affaibli par un accident vasculaire cérébral fin 2005, Raymond Devos meurt chez lui à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans les Yvelines, le 15 juin 2006, à 83 ans. Sa maison, où il vivait depuis 1963, est devenue un musée qui a ouvert au public en novembre 2016 : on y retrouve ses instruments, ses accessoires de scène et l'univers d'un artiste qui a fait de la langue française un terrain de jeu.